Yue Minjun, L’ombre du fou rire

Ceux qui prennent le métro parisien ont sans doute remarqué les affiches représentant le corps d’un homme avec dans les mains une tête qui rit. Il s’agit de l’affiche de l’exposition L’ombre du Fou Rire du chinois Yue Minjun et qui se tient à la Fondation Cartier jusqu’au 24 Mars 2013.

Affiche Yue Minjun © Fondation Cartier pour L’art contemporain

L’affiche de l’exposition © Fondation Cartier pour L’art contemporain

J’ai visité l’exposition il y a quelques semaines et elle vaut vraiment le déplacement. L’artiste y expose 40 œuvres atypiques. Chacune représente un rire figé et énigmatique. Ce rire c’est souvent celui de l’artiste car dans la majorité des toiles, c’est sa tête qu’on voit et il en fait parfois des déclinaisons. L’artiste use de couleurs assez vives (le bleu ciel, le rose, le rouge, l’orange) qui contrastent avec le mystère de ce rire. On peut penser à de nombreuses significations mais celle qui me parait la plus plausible est que ce rire vient s’opposer à un monde cruel où on ne fait qu’user de violence et de brutalité. On a aussi tendance à perdre pieds quand on est dans une mauvaise passe et on ne pense jamais à rire dans une telle situation. « Le fait de sourire, de rire pour cacher son impuissance a une grande importance pour ma générationaffirme l’artiste dans sa biographie (Éditions Hanart TZ Gallery). D’ailleurs, dans une de ses toiles intitulée The Execution, il met en scène quatre hommes en slip et qui rient sous la mitraille. Dans une autre qui porte le titre de Bystander, un homme rit alors qu’il se noie sous le regard des passagers d’un bateau qui le prennent en photo.

The Execution © Fondation Cartier pour L’art contemporain

The Execution © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Bystander © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Bystander © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Ce rire peut également traduire un regard à la fois critique et cynique envers le monde actuel. L’artiste expose des situations absurdes du quotidien comme pour se moquer de la société. D’ailleurs, suite à quelques recherches, j’ai vu que Yue Minjun fait partie des artistes les plus influents de l’école du Réalisme Cynique en Chine. Cette école s’éloigne des clichés habituels et exprime avec cynisme et amusement les diverses contradictions qui caractérisent la société chinoise.

AD 3009, 2008, Collection of the artist, Beijing

AD 3009, 2008 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Great Joy, 1993, huile sur toile, 187 x 254 cm Collection Turner Family, Hong Kong. © Yue Minjun

Great Joy, 1993 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Mao Xinglan, 2007, Collection Faurschou Foundation, Copenhagen and Beijing, © Yue Minjun

Mao Xinglan, 2007 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Memory-2, 2000, Collection of the artist, Beijing

Memory-2, 2000 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

On the Rostrum of Tiananmen, 1992 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

On the Rostrum of Tiananmen, 1992 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Liberty Leading the People, 1995 © Yue Minjun

Liberty Leading the People, 1995 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

The Artist and his Friends, 1991, Private collection, Asia

The Artist and his Friends, 1991 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Sky, 1997 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Sky, 1997 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Spring Tale-2, 1999 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Spring Tale-2, 1999 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

The Sun, 2000, acrylique sur toile, 200 x 280 cm Collection privée. © Yue Minjun

The Sun, 2000 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Everybody Connects to Everybody, 1997 © Yue Minjun

Everybody Connects to Everybody, 1997 © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Dans un des coins du rez de chaussée de la fondation Cartier, on trouve une projection de quelques photos en noir et blanc où on voit l’artiste se tenir debout en slip et ayant des postures assez drôles. Au sous sol, sont exposés quelques croquis de l’artiste. On trouve également d’autres œuvres où il s’est permis de reprendre à l’identique (ou presque) des œuvres déjà existantes tout en les transformant à sa manière, soit en ajoutant un ou deux éléments soit en supprimant d’autres.

The Founding Ceremony of the Nation by Dong Xiwen © Cultural China

The Founding Ceremony of the Nation by Dong Xiwen © Cultural China

FoundingCeremony © Fondation Cartier pour L’art contemporain

Founding Ceremony by Yue Minjun © Fondation Cartier pour l’art contemporain

 

Au niveau de la mezzanine, on peut découvrir une sélection de livres très intéressants qui ont été la source d’inspiration de l’artiste, ainsi que d’autres qui traitent entre autres du rire. Quelques titres sont vraiment alléchants et j’ai pris note de quelques uns que j’ai envie de lire.

+ La philosophie du porc et autres essais, Xiaobo Liu, Éditions Gallimard, 2011 (Prix Nobel de la Paix 2010).
+ Le rire, Essai sur la signification comique, Henri Bergson, La Revue de Paris, 1900.Pour une politique de civilisation, Edgar Morin, Arlea, 2002.
+ Sur la route à 18 ans, Yu Hua, Actes Sud, 2009.
+ Kafka sur le rivage, Haruki Murakami, Éditions 10/18, 2011.
+ De l’essence de rire, Charles Baudelaire, Éditions Sillage, 1855. (On peut le lire ici).

Pour clore ce billet, je vous propose une vidéo d’un entretien réalisé avec l’artiste à Pekin en Octobre 2012 à l’occasion de son exposition à Paris.

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