L’incroyable mais vraie histoire de Sugar Man

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Une des affiches du film

Vous avez certainement entendu parlé de Sugar Man le premier film documentaire de Malik Bendjelloul sorti en France fin décembre 2012. Ce film trace l’invraisemblable histoire de Sixto Rodriguez, un chanteur méconnu aux États Unis durant les années 1970 mais qui a eu un succès fou en Afrique du Sud durant la même période. Ce qui est remarquable c’est que personne n’était au courant de ce succès, à commencer par l’artiste lui même. Par ailleurs, jusqu’à la fin des années 90, tout le monde pensait que l’artiste s’était suicidé suite à l’échec de ses disques aux États Unis alors qu’il était tout simplement en train de démolir des maisons parce que c’était cela son vrai métier.

J’ai regardé il y a quelques temps Sugar Man et je suis complètement tombée sous le charme de ce documentaire. Dès les premières images du film, Sugar Man, le titre musical phare retentit accompagné du générique début. Dans ce dernier, on remarque que le réalisateur est à la fois scénariste, producteur, chef monteur et compositeur. (Ceci n’est biensur pas un détail). Un premier carton apparait « Michigan Detroit, USA, 1968« . De magnifiques plans larges se succèdent : du brouillard, de la neige, de la pluie, des enseignes lumineuses, des moreaux de bâtiments, tout cela filmé la nuit.

Dans un premier témoignage filmé en caméra portée, un ancien collaborateur affirme que Bob Dylan, c’était léger à côté de Rodriguez. Il s’exclame : Personne aux USA n’a jamais entendu parler de lui ! Un autre morceau musical accompagne la scène : Coming from reality (Novembre 1971). On décrit Rodriguez comme étant l’icône rebelle ou encore l’hippie aux lunettes de soleil. Au fil des plans, des images mêlant passé et présent s’enchaînent sans qu’on distingue vraiment à quoi ressemble ce chanteur mystérieux avec le morceaux Can’t Get Away (1973) comme fond sonore.

On apprend plus tard qu’au milieu des années 1970 et à la veille de Noël, l’artiste compose une chanson évoquant un suicide à Noël. Comme par hasard, quelques jours après, l’ironie du sort fait que sa maison de disques décide de mettre un terme à son contrat. Depuis, l’artiste s’est complètement évaporé. On évoque un suicide par immolation sur scène ou une overdose de drogue mais personne n’a jamais eu la vraie version des faits.

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Deuxième affiche du film

Le premier disque de Rodriguez Cold Fact a été un flop monumental aux États Unis. Mais, ce qui est incroyable, c’est que ce même disque a été vendu à 500 000 exemplaires en Afrique du Sud sans que l’artiste lui même ne le sache. Rodriguez avait plus de succès que les Rolling Stones et son producteur qui a déjà produit des disques de Stevie Wonder, de Michael Jackson ou encore de Marvin Gaye affirme que s’il y a un nom à retenir de tous les artistes avec lesquels il a travaillé, ça serait surement celui de Sixto Rodriguez. Pourtant, ce dernier n’a vendu que SIX disques seulement aux États Unis.

Sa musique était interdite en Afrique du Sud (qui était en pleine Apartheid à cette époque là). Mais, on raconte qu’une jeune américaine venant rendre visite à son petit ami, avait le disque Cold Fact sur elle. Le petit copain ainsi que ses amis ont tellement été conquis par les chansonsqu’ils ont en fait plusieurs copies et les ont distribuées un peu partout. Une des chansons de l’album qui porte le titre de I Wonder était même devenue l’hymne de la jeunesse blanche progressiste anti-apartheid car elle parlait de liberté sexuelle.
Vers la moitié du documentaire, en tant que spectateur, on est à la fois épaté par la beauté des notes musicales et frustré par le côté « thriller » de l’histoire parce qu’elle comprend beaucoup d’ambiguïtés. On a peu d’informations sur l’artiste et on se demande pourquoi personne n’a jamais entendu parler de lui. On se pose aussi des questions sur tout ce mystère qui tourne autour de sa malchance dans la chanson malgré son talent reconnu par tout le monde. C’est là qu’on fait la connaissance d’un certain Stephen Segerman qui est sans doute le plus grand fan sud africain de Rodriguez.

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Stephen Segerman et son idole

En 1997, déterminé à trouver toutes les réponses à ses questions, Stephen lance un site web où il évoque son envie de retrouver le maximum d’informations sur son idole. Il lance aussi un appel pour savoir comment ce dernier est mort et qu’est ce qui reste de son œuvre. Il affirme dans son témoignage qu’il a commencé à enquêter sur un homme mort jusqu’à apprendre qu’il est vivant. En effet, à sa grande surprise, Stephen est contacté par une des filles de Rodriguez qui a consulté son site web et qui lui apprend que son père est bel est bien vivant. Stephen évoque ce moment avec une forte émotion entrainant avec lui le spectateur qui arrive enfin à recoller les morceaux du puzzle. Un rendez vous entre les deux hommes est rapidement organisé et on fait enfin la connaissance du fameux Rodriguez, une homme latino très modeste et peu bavard. Stephen lui apprend son succès en Afrique du Sud, ce qui l’a biensur étonné. Le 5 Mars 1998, Rodriguez atterrit avec ses trois filles en Afrique du Sud pour donner une série de concerts et rencontrer enfin son vrai public. A l’âge de 58 ans et après avoir arrêté la musique pendant plus de 20 ans, il a joué à guichets fermés. On disait que c’était comme Elvis Prestley qui revenait d’entre les morts.

Ce documentaire compte parmi les plus émouvants que je connais. Il est le fruit d’une rencontre fortuite entre Stephen Segerman et le réalisateur Malik Bendjelloul. Les deux ont décidé ensemble d’être reconnaissants jusqu’au bout à l’artiste ainsi qu’à son œuvre qui n’a pas été reconnue à sa juste valeur. Pourtant, Malik Bendjelloul, en prenant le risque de s’aventurer dans la réalisation de son premier documentaire avait très peur que ce soit un échec ou que la musique ne plaise pas. Les choses se sont déroulées autrement vu que le documentaire a reçu le Prix Spécial du Public et le Prix du Jury à Sundance 2012 et qu’il vient de remporter l’Oscar du Meilleur Documentaire.

Pour ceux à qui j’ai donné envie de regarder ce film, il est encore projeté dans quelques salles à Paris et pour vous donner un avant goût, voici sa Bande Annonce. A noter aussi qu’un concert à la Cigale est prévu le 5 Juin 2013. Les billets se sont vendus rapidement et un autre concert a été programmé au Zénith le 4 juin 2013. En attendant, je vous ai concocté une Playlist Youtube avec quelques chansons de Rodriguez.

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