Perfect Mothers : Les Liaisons Dangereuses de Anne Fontaine

Perfect Mothers, adapté du livre « Les grands mères » de Doris Lessing raconte l’histoire de Roz et Lil, deux quadragénaires qui se connaissent depuis l’enfance et qui vivent dans un cadre paradisiaque en pleine harmonie avec leurs deux fils Ian et Tom. L’admiration que chacune voue à son enfant se transforme en un réel amour pour le fils de l’autre. En effet, deux relations passionnelles finissent par voir le jour au milieu de ce quatuor.

L'affiche du film © Gaumont Distribution

L’affiche du film © Gaumont Distribution

Ce qui frappe au premier abord, c’est le cadre spatial dans lequel baignent les personnages : une côte vierge des plus sublimes, une mer limpide, deux villas d’architectes décorées avec goût et coupées du monde… Les personnages passent leur temps à se baigner, à dorer au soleil et à faire du surf. Les beaux corps dénudés défilent en maillots de bain et nous laissent à chaque fois bouches bées. Bref, tous les ingrédients sont là pour que la passion naisse.

© Gaumont Distribution

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Le film commence avec une musique gaie et des plans colorés où on voit deux fillettes courir et s’amuser innocemment. Une délicate transition fait que les deux fillettes se transforment en deux magnifiques femmes, interprétées par Naomi Watts et Robin Wright. Elles deviennent mamans de deux petits garçons qui constituent quelque part le prolongement d’elles mêmes. Suite à une deuxième légère transition (la première passait mais la deuxième était de trop), on voit les deux jeunes garçons se métamorphoser en deux beaux jeunes hommes de dix huit ans. Le mari de Lil étant décédé et le mari de Rov parti travailler dans une autre ville, le quator se retrouve à vivre dans ce coin paradisiaque loin de tout. Un soir, alors qu’Ian dormait chez son copain, il est séduit par la maman et les deux finissent par faire l’amour. Le deuxième garçon les surprend et furieux, il va imiter son ami et faire de même avec l’autre maman. Ces deux histoires compliquées dont la deuxième commence comme une vengeance se transforment petit à petit en deux histoires fusionnelles.

© Gaumont Distribution

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L’envie sexuelle se faisait sentir au fil des images mais chacune deux femmes s’interdisait de franchir le pas et essayait de faire taire les pulsions. Néanmoins, la tentation était tellement grande que les personnages ont fini par succomber sans trop penser aux conséquences. Sans qu’on soit vraiment surpris ou choqué, le désir et l’interdit ont fini par l’emporter. La réalisatrice nous expose alors de magnifiques plans présentant les étreintes amoureuses tout en basculant d’une relation à une autre avec une finesse majestueuse. La sensualité qui s’en dégage fait qu’on frisonne à la vue de ces corps collés l’un à l’autre et qui sont filmés sous une lumière presque absente. Les plans suivent une sorte de chorégraphie dont on s’en lasse guère. Peu à peu, l’envie physique se transforme en de réels sentiments amoureux et on oublie même que ces deux relations passent outre la morale. Les deux femmes ont retrouvé le bonheur. Néanmoins, on les voit vivre dans une peur constante parce qu’elles prennent de l’âge et elles se rendent compte que les deux garçons peuvent les quitter un jour ou l’autre. C’est leur forte amitié qui fait qu’elles arrivent à en discuter sans tabous et à se rassurer mutuellement.

Cependant, l’amour aussi fort soit-il ne peut pas toujours triompher. La raison et les mœurs viennent le défier et finissent par prendre le dessus. En effet, c’est lors d’un déplacement hors de ce coin paradisiaque que l’un des garçons rompt ces deux histoires « presque parfaites ». Il rencontre une fille de son âge avec laquelle il finit par se marier. Il suit ainsi le chemin « normal » qu’entreprend un garçon de son âge. La deuxième relation prit fin à son tour puisque la raison l’emporte encore une fois et le deuxième garçon finit aussi par se marier avec une jeune fille de son âge. C’est là qu’on arrive à la fausse fin du film quelques temps après. On voit Roze et Lil accompagnées de leurs fils qui sont à présent mariés et de leurs belles filles et petites filles respectives. On assiste alors à un schéma familial ordinaire où toute la famille se baigne à la plage dans la joie et la bonne humeur. Néanmoins, le soir même, les démons du passé refont surface et Ian retrouve Lil chez elle. Tom les surprend et part crier sa colère devant sa femme et la femme de son ami révélant ainsi la vérité. Les deux jeunes femmes décident de partir avec les enfants laissant le quator retrouver petit à petit leur vie d’avant.

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Ce film m’a fait longuement réfléchir. Si on met de côté les apparences, je me demande si l’âge constitue un véritable obstacle? Si l’on se réfère à ce film, je dirai que non car même si les deux garçons finissent par s’engager avec deux filles de leur âge et suivre les règles imposées par la société, ils n’ont jamais pu se défaire de leurs relations antécédentes. Cependant, je ne suis pas sure que deux relations de ce calibre auraient pu voir le jour hors de ce cadre surréaliste et au milieu de la société.

En outre, c’est surtout d’amitié et d’amour qu’il s’agit dans ce film. L’amitié des deux femmes est tellement forte qu’elles ont accepté rapidement une situation si dérangeante. Néanmoins, je pense que cela n’a pu pas se produire si ça n’allait pas dans les deux sens. De plus, c’est parce que l’amour que chacune voue au fils de l’autre est si grand qu’elle finit par accepter que son amie continue la relation fusionnelle avec son propre fils. Une des deux confie même dit à l’autre « Prends mon fils s’il te rend heureuse ». C’est à la fois un acte bienveillant et malsain.

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D’une autre part, il peut y avoir une confusion entre sexualité et sentimentalité surtout quand le spectateur devient témoin des ébats amoureux des deux couples. La première femme est veuve depuis longtemps et n’a jamais connu d’homme depuis la mort de son mari. Le mari de la deuxième est parti. Une sorte de manque physique s’est installé au fil des années et on peut dire que la présence des jeunes garçons a pu combler cela sauf qu’au fil de l’histoire, on se rend compte qu’il s’ agit plus qu’une partie de jambes en l’air. Ce qui est à noter aussi, c’est qu’il n’y pas de vulgarité. C’est le côté chic et sensuel qui domine et le film n’est pas fait pour choquer même si le thème dérange. Le spectateur passe par plusieurs émotions qui vont de l’extase jusqu’à la confusion en passant par la tristesse. Il se trouve face à un sujet assez lourd mais présenté d’une manière tellement délicate et subtile qu’il arrive à adhérer facilement à une histoire qu’il peut ne pas accepter dans la vie réelle.

Je salue au final l’audace de la réalisatrice Anne Fontaine qui a eu le courage de faire un tel film et d’y mettre autant de finesse. Il faut dire qu’ayant réalisé un film comme Nathalie, la réalisatrice est capable du pire comme du meilleur. On lit entre les lignes que le film est réalisé par une femme de plus qu’il traite d’une histoire de femmes avant tout. Elle filme également les deux femmes d’une manière assez spéciale en les transformant en deux vraies déesses. Ce qui est à souligner aussi, c’est qu’étant une production française, le film est vraiment très loin des clichés qu’on retrouve dans les films français. C’est vrai que le cadre spatial (l’Australie) est y est pour beaucoup. La mise en scène ainsi que le montage sont aussi irréprochables et on sent un travail assez poussé au niveau du jeu des acteurs.

Pour vous donner plus envie de regarder le film, je vous propose de regarder la bande annonce.

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