Babylon : Un film audacieux mais tellement lent !

L'affiche du film BabylonNombreux sont ceux qui ont regardé le film Babylon et qui m’ont déconseillé d’aller le voir mais curieuse et voulant à tout prix me faire ma propre idée, je suis allée le voir il y a quelques jours.

Babylon est un film documentaire tunisien de 121 minutes réalisé par trois réalisateurs : Ismael, Youssef Chebbi et Ala Eddine Slim. Muni de leur caméra, ces derniers se sont dirigés en mars 2011 vers l’extrême sud tunisien pour y filmer les camps de réfugiés. A la frontière tuniso-lybienne, ils ont immortalisé la croissance puis la disparition d’une mini ville où ont cohabité des milliers de réfugiés de toutes nationalités.

Je salue avant tout l’audace de ces trois réalisateurs qui ont parcouru des centaines de kilomètres afin de traiter un sujet assez lourd et dans des conditions invivables. Ce qui est également à noter dans la construction du film, c’est qu’avant d’arriver sur place, les trois ne savaient pas ce qui les attendait et ont mis deux jours pour observer et analyser cette situation si alarmante avant de commencer à filmer.

Néanmoins, malgré l’audace et le fait que le sujet touche plus d’un, je suis loin d’être conquise par le film auquel je trouve des défauts qui m’ont particulièrement gênée.

Parmi les premiers points qui m’ont dérangée, c’est le rythme très lent du film. Les premiers plans annoncent déjà la couleur puisqu’on on se retrouve dès le début face à des plans fixes qui s’enchainent très lentement, qui se ressemblent et qui durent longtemps, très longtemps. Il y a même des plans insignifiants qui n’ajoutent rien à l’histoire mais qui sont présents quand même. J’ai essayé de lire entre les lignes, de déceler une certaine symbolique mais en vain. Je prends l’exemple d’un plan totalement flou où on voit une tente et des personnes qui passent devant. Il y a aussi un plan d’une durée interminable où on aperçoit des branches d’arbres en contre plongée. Je mentionne également des plans de coupe qui revenaient sans cesse et qui étant présentés plus d’une fois dans le film, étaient étouffants.

D’une autre part, le genre documentaire est un genre où le réalisateur est assez libre si on le compare au réalisateur d’une fiction, puisqu’il peut mettre de côté quelques techniques cinématographiques et donner vie à son œuvre en s’éloignant un peu des règles conventionnelles. Cela dit, dans le film Babylon, j’ai trouvé qu’on abuse trop de libertés et qu’on rompt même avec des règles de base qu’on se doit d’intégrer même dans un film documentaire. Par exemple, je trouve inadmissible le fait d’insérer au montage un plan où le cadreur commence à filmer puis réalisant que le cadre est déséquilibré, il se met à régler l’horizontalité de sa caméra. Je n’évoquerai pas les raccords qui ne sont pas respectés vu les conditions de tournage et le fait que les trois réalisateurs filment sur le vif. Néanmoins, je pense qu’on peut se rattraper au montage en corrigeant quelques fautes qui sont très visibles et flagrantes sur grand écran.

Je note par ailleurs, la distance qu’ont fait installer les réalisateurs entre le spectateur et les personnages. De un, ils ont choisi de ne pas sous titrer le film, ce qui limite la compréhension de certains plans. Ils ont certes voulu que le spectateur interprète les choses à sa manière et soit assez réactif mais ils ne lui ont pas fourni d’autres ingrédients nécessaires à la compréhension. On aurait aimé par exemple, avoir des indications temporelles qui nous situent plus par rapport au temps du film. On aurait également souhaité connaitre davantage quelques personnes filmées à travers l’apparition discrète d’un petit texte en fondu qui indique le nom, l’âge, la nationalité et la fonction du personnage. Les réalisateurs ont préféré filmer des personnes en vrac comme si c’était des animaux et en les éloignant au maximum du spectateur qui ne peut pas s’y attacher ou même déceler leurs états d’âme. D’ailleurs, ça aurait été mieux de suivre des histoires parallèles de quelques personnes et de les retrouver de temps à autre dans le film. Ceci est une manière de laisser le spectateur en suspend et de le rendre curieux parce que filmer des actions qui ne suivent que la chronologie des évènements est d’un ennui monstre et fait qu’on décroche facilement. Pour ma part, au bout de 20 minutes, je voulais déjà quitter la salle.

Il y a aussi la bande sonore qui mérite qu’on se penche dessus. Dans quelques plans, le bruit du vent était très gênant et sa résonance dans la salle donnait mal à la tête. On dirait que le son n’a pas été mixé à ce niveau là. Par contre, les réalisateurs ont apporté un soin particulier au bruit du crachat qui s’est répété plusieurs fois dans le film jusqu’à l’excès. De plus, malgré le fait que les personnes qui crachent soient filmés de loin, le son quant lui était très distinct et son volume ne collait pas avec cette distance.

Je suis au final très déçue par ce film, surtout qu’Exit Productions, la boite qui l’a produit, nous a habitué à tellement mieux. Le Stade, La Boue ou encore Le Pont sont par exemple des courts métrages m’ont particulièrement touchée et que j’ai regardé plus d’une fois. J’ai aussi trouvé Vers le Nord de Youssef Chebbi (l’un des trois réalisateurs) intéressent même si le sujet est récurrent dans le cinéma tunisien. Je me sens par ailleurs toute fière à chaque fois qu’un jeune réalisateur arrive à sortir un film parce que réaliser un film en Tunisie qu’il soit court ou long demande une énergie et une patience hors norme mais quand on s’impatiente avant la sortie d’un film et qu’une fois regardé, on réalise que ça ne valait pas toute cette attente, on ne peut qu’être dégouté. Je pense par ailleurs, que les trois réalisateurs ne se sont à aucun moment mis dans la peau du spectateur qui finit par suffoquer face à une telle répétition et une telle lenteur. Je peux comprendre qu’au moment du montage, on veut tout montrer et utiliser le maximum de rushs filmés mais à quoi sert la quantité si la qualité n’est pas au rendez vous ?

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