Amour, la divine histoire d’amour cinématographique

Affiche du film Amour - Michael Haneke

L’affiche du film © Allociné

S’il y a bien une séquence d’ouverture dont je me souviendrai toute ma vie, ça serait surement celle du film Amour de Michael Haneke. Je m’excuse d’avance auprès de ceux qui n’ont pas encore vu le film (ce qui est étonnant d’ailleurs) parce que je vais faire un peu de spoil à travers les lignes qui vont suivre.

La séquence met en scène quelques secouristes qui pénètrent à l’intérieur d’un appartement vide. Une odeur asphyxiante envahit les lieux et les pousse à faire le tour de l’appartement et à ouvrir les fenêtres. Je n’ai pas lu le synopsis avant d’aller voir le film et j’ignorais encore ce qui allait se passer par la suite mais je ne sais pas comment j’ai pu rapidement sentir l’odeur de la mort. Tout me faisait penser à la mort : l’étalonnage vert/jaune qui dominait les plans, le silence morbide omniprésent, l’apparence austère des murs, l’absence d’êtres humains… La séquence d’ouverture était assez courte et la caméra, fixe n’a pas filmé les détails et a opté pour des plans assez larges qui donnent une vision assez globale du cadre spatial. Ce dernier était très réaliste et filmé avec zéro artifice technique. Tous ces détails ont fait qu’à un certain moment, je croyais sentir l’odeur de la mort au sein même de la salle de cinéma. Ce n’était pas du tout désagréable mais très surprenant. Il aura donc fallu quelques petites minutes pour que le film me fasse déjà de l’effet.

Dans la scène qui suit, on découvre sans surprise aucune, une veille dame morte sur un lit. Par ailleurs, tout le film est un long flashback qui raconte ce qui s’est passé les mois précédant sa mort. On fait alors la connaissance d’un couple de vieux professeurs de musique à retraite George (Jean Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva). Ces derniers vivent paisiblement dans leur appartement parisien jusqu’au jour ou Anne tombe malade. Cela commence par quelques troubles de la mémoire jusqu’à finir par un accident cérébral qui conduit à une hémiplégie. L’amour que porte George à sa femme le pousse à lui promettre de ne jamais l’hospitaliser. On assiste ainsi au quotidien de ce mari aimant qui passe ses jours à s’occuper de sa femme/bébé en lui donnant ses repas, changeant ses couches etc.

Malgré le fait que le thème de la maladie soit assez dominant dans le film, il ne fait pas le poids par rapport au thème de l’amour. D’ailleurs, le film porte bien son nom et je ne vois pas un autre titre qui illustre bien la sublime histoire du film. Je crois également que cette histoire d’amour compte parmi les plus belles qu’a connu le septième art car cet amour vient défier la maladie qui finit (malheureusement) par avoir le dernier mot.

Par ailleurs, je ne peux manquer de parler de l’admirable jeu des deux acteurs. Emmanuelle Riva dans le rôle d’Anne est d’une grâce inouïe même si elle interprête le rôle d’une vieille femme malade. On a envie de boire chacune de ses paroles et plus particulièrement des phrases du genre (Son humour anglais n’est insupportable qu’à petites doses). Elle n’a pas besoin d’en faire trop pour qu’on soit captivé par son jeu. D’ailleurs, son discours suite à l’obtention du césar de la meilleure actrice confirme qu’il s’agit bien d’une grande dame (hormis le fait qu’elle soit une grande actrice).

Jean Louis Trintignant, quant à lui est très attachant. Il faut dire aussi que son rôle de mari très dévoué et aimant fait rêver toutes les femmes. C’est aussi son regard bien veillant et sa douce manière de s’adresser à Emmanuelle Riva qui fait entre autres la force de son personnage. Je souligne également sa parfaite élocution qui fait que ses paroles sonnent plus comme des vers de poésie (T’aies-je dit que je te trouvais très jolie ce soir?).

Il y a par ailleurs, un moment assez fort dans le film qui m’a particulièrement marquée. Il s’agit du moment où un ancien élève du couple décide de leur rendre visite, tout en ignorant qu’Anne est malade. C’est George qui accueille le jeune homme et l’installe dans le salon. Il part ensuite chercher sa femme et la fait venir en chaise roulante. La réaction du jeune homme face à l’état de son ancienne professeur est inexprimable. Un silence pesant s’installe dans la pièce et même si en tant que spectateur, on n’est pas à l’intérieur du film, on sent une gène étouffante et on a envie de passer rapidement à la séquence suivante. Le jeune homme dérouté ne peut s’empêcher de demander le pourquoi de cet état. On est alors plus que surpris par la réponse habile de Anne qui « répond sans répondre », en esquivant le sujet avec tact et subtilité.

Le film de Michael Haneke est au final assommant (dans le bon sens). On peut facilement en sortir déprimé parce que l’histoire est assez lourde et triste mais tellement exquise. De plus, on ne peut qu’être épaté par ce couple attachant et le jeu d’acteur inégalable. Le plus remarquable aussi c’est qu’il s’agit d’une histoire d’amour où les acteurs ne s’embrassent pas et ne se disent pas des mots d’amours. Tout est dans les gestes ainsi que dans les regards.

Néanmoins, le génie de Haneke c’est au final d’avoir réalisé un film avec un cadre spatial qui se limite à un simple intérieur et où on manque de recul. La caméra n’est donc pas très libre de se balader à sa guise. Cependant, c’est l’histoire du film qui impose un tel choix. Les plans qui sont pour la plupart fixes appuient encore plus le côté tragique de l’histoire. Le choix du montage linéaire avec zéro effet technique n’est pas anodin aussi. D’ailleurs, cette œuvre majestueuse confirme qu’on n’a pas besoin d’user de grands artifices techniques pour faire un grand film.

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