A la merveille de Terrence Malick est loin d’être une merveille

L'affiche du film © Premiere.fr

L’affiche du film © Premiere.fr

Deux ans après avoir sorti The Tree of Life, un film qui a fait beaucoup de bruit (et que personnellement, je n’ai jamais pu finir), l’américain Terrence Malick vient de nous faire découvrir son nouvel opus A La Merveille.
Pour ne rien vous cacher, c’est la bande annonce que j’ai trouvé assez lyrique et saisissante qui m’a donné envie de voir le film. Cependant, j’ai retenu une leçon après avoir regardé le film : Faut jamais se fier aux bandes annonces !

Le film parle d’une histoire d’amour d’un couple qui se cherche et qui erre du début de la relation jusqu’à sa fin. Cette histoire d’amour prend naissance à Paris et se poursuit aux États Unis. La femme française et mère célibataire fait la connaissance de l’homme américain et tombe amoureuse de lui sans que ce soit réciproque du moins au début du film. Un classique me diriez-vous !

On a d’emblée des images chorégraphiques d’une jeune femme Marina (interprétée par  l’actrice ukrainienne Olga Kurylenko) qui danse, qui saute dans les rues de Paris et qui semble joyeuse et comblée. Une voix off retentit dès le début où elle évoque une histoire d’amour au passé. Le son de sa voix mêle poésie et mélancolie (Si tu m’aimes, je ne veux rien de plus. Je sais que les sentiments forts t’inquiètent). La caméra effectue des mouvements qui partent dans tous les sens, digne de mouvements effectués par un grand 8. On fait la connaissance par la suite de l’homme (Ben Affleck) dont Marina est tombée amoureuse. Il semble plus posé que sa campagne et beaucoup moins expressif. La danse formée par le jeu de l’actrice et les plans mal cadrés se poursuit pendant plus de quinze minutes. A un certain moment, on commence à avoir mal à la tête et on se dit qu’il y aura certainement un moment de répit où la chorégraphie cédera sa place à un récit standard avec des cadres qui ne donnent pas la nausée. Malheureusement, la chorégraphie reste omni présente jusqu’à la fin du film.

Pendant tout le film, j’avais l’impression que l’actrice qui ressemble étrangement à Marion Cotillard faisait plus le mannequin que l’actrice et se croyait devant l’objectif d’un photographe et non pas devant celui d’un réalisateur. Même quand elle veut réellement s’exprimer pour qu’on puisse juger objectivement sa prouesse, elle le fait sous l’eau (Je crie sous l’eau ce que je n’ose pas dire). Ben Affleck quant à lui, était là sans être là, absent même quand il était filmé en gros plan. C’est vrai qu’il n’a pas beaucoup de répliques mais sa présence n’ajoute presque rien aux images. D’ailleurs, dans un excellent article paru dans l’express, l’auteur affirme qu’il mériterait l’Oscar du meilleur acteur dans un non-rôle et il a bien raison.
Par ailleurs, on a un autre personnage important dans le film. C’est le prêtre de l’église où va le couple assez souvent. Le prêtre est interprété par Javier Bardem, un de mes acteurs préférés sauf que dans ce film, son jeu laisse à désirer. On l’aperçoit souvent seul dans son église avec un regard perdu. Sa voix off évoque l’amour aussi mais aussi son rapport avec la religion. Marina vient se confier à lui mais on ne sent pas une réelle connexion entre les deux personnages. C’est dans ce sens qu’on se demande ce qu’ajoute ce personnage à l’histoire du couple.

Côté bande sonore, la voix off est dominante dans la quasi totalité des plans. On dirait que le réalisateur ne s’exprime qu’à l’aide de cette voix qui n’arrête pas de se poser des questions sur la vie, l’amour etc. C’était également le cas dans The Tree of Life. Une musique classique vient tout le temps se joindre à cette voix off faisant subir au spectateur une sorte d’overdose sonore. On sent que toutes les deux sont là pour masquer les défauts du film sauf qu’elles ne réussissent pas à le faire vu que les défauts sont vraiment nombreux.

Il y a également un petit détail d’ordre temporel qui m’a fortement dérangée. Dès les premiers plans, on n’arrive pas à définir le cadre du temps dans lequel on se situe. Les personnages et notamment leurs habits ne donnent aucune indication. De même pour les décors présents dans le film qui sont pour la plupart de vastes champs. Cela ne m’a pas trop dérangée. Seulement, vers la moitié du film, on a un détail qui vient atérrir de nulle part et qui brise complètement cette absence d’identité temporelle. On aperçoit l’actrice principale parler sur skype via un Macbook Pro filmé en insert (l’équivalent d’un très gros plan pour les objets). Cette séquence est en totale opposition avec l’aspect temporel qui caractérisait le film depuis les premières images. On était dans un cadre un peu hors du temps, une sorte d’ailleurs qui ne suit aucune logique temporelle et le réalisateur décide d’introduire une action qui fait tout basculer et qui nous situe dans le présent. Ce qui est un peu « choquant » aussi c’est que si on situe cette action par rapport à l’avant et à l’après, on se rend compte qu’elle n’a absolument rien ajouté au récit filmique. Pourquoi l’avoir introduite alors?

Donc, pour faire court, je n’ai pas du tout aimé le film car il est dénué de profondeur et de sens. C’est un film fait par Terrence Malick pour Terrence Malick et surement pas pour un public assoiffé d’images généreuses et d’histoires captivantes. On flotte tout au long de l’histoire mais on n’est pas transporté vers un ailleurs qu’on peut qualifier de plaisant. Tout comme les personnages, on se met à chercher des repères et à fouiller partout. On ne cesse de se poser des questions sur le comment et le pourquoi sans pour autant trouver des réponses. Personnellement, je n’ai jamais été fan des films où les réalisateurs n’en font qu’à leur tête en proposant une œuvre déstabilisante où rien on n’obéit à la logique. Je me demande aussi pourquoi certains réalisateurs ont tendance à s’aventurer dans des œuvres pareilles. Si c’est pour se démarquer des autres, je dirai que c’est une approche complètement ratée.

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